Integration professionnelle et emplois de solidarite

Publié le: 11 Nov 2009

Eric Etienne, directeur du Service des emplois de solidarité de l'Office cantonal de l'emploi (Genève)

  1. Quels sont les enjeux premiers en terme d'intégration professionnelle en Suisse?

    Dans mon domaine d'activité, à cheval entre l'insertion professionnelle en général et la problématique des fins de droits en particulier, les enjeux sont les mêmes en Suisse qu'à Genève. Dans un contexte global de crise économique, de compétitivité accrue du marché et de montée du chômage, la nouvelle loi cantonale en matière de chômage, mise en place par le Département de la solidarité et de l'emploi, vise une prise en charge plus rapide et efficace des demandeurs d'emploi. De nouvelles mesures ont été créées pour répondre aux besoins des populations les plus touchées. L'une de ces mesures sont les emplois de solidarité. Ces derniers ont une réelle plus-value, à la fois pour les personnes qui les occupent et pour les organisations qui les emploient."

  2. Comment adresser l'intégration professionnelle des jeunes? Quelles sont les spécificités?

    L'insertion professionnelle des jeunes est devenue une priorité qui mobilise les pouvoirs publics. Outre la difficulté des jeunes diplômés à trouver leur premier emploi, ce qui inquiète le plus, c'est le nombre de jeunes en difficulté ou en rupture de formation. Pour répondre à cette problématique, diverses mesures sont mises en place. En amont du problème, citons la gestion du suivi individualisé (GSI), ou Case management pour les jeunes à risque de rupture de formation dans les filières du post-obligatoire. L'objectif de ce dispositif: les maintenir en formation par des mesures individuelles de soutien. Pour ceux n'ayant pas de diplôme du Secondaire II, le projet EQIP, ou Encouragement à la Qualification et à l'Insertion Professionnelle a été mis sur pied. Enfin, les jeunes inscrits au chômage peuvent bénéficier de différentes mesures de soutien, par exemple le Semo, ou Semestre de Motivation, période durant laquelle des jeunes de 16 à 25 ans sont coachés dans le but d'intégrer une formation professionnelle initiale.

    L'insertion professionnelle des jeunes est donc une question primordiale qui mobilise l'ensemble des partenaires concernés.

  3. Comment adresser l'intégration professionnelle des seniors? Quelles sont les spécificités?

    Dans une société qui entretient un certain culte de la jeunesse, et sur un marché de l'emploi où l'on devient senior après 40 ans à peine, les 50 ans et plus constituent une part non négligeable des personnes qui arrivent en fin de droits et risquent de vivre un chômage de longue durée. Ainsi, ils font clairement partie du public-cible des emplois de solidarité, dispositif phare de la loi cantonale en matière de chômage entrée en vigueur au 1er février 2008. En effet, parmi les personnes qui bénéficient de ces emplois et sont donc engagées dans des organisations sans but lucratif, plus de 40% ont 50 ans ou plus.

  4. Comment adresser l'intégration professionnelle des personnes étrangères? Quelles sont les spécificités?

    Difficultés avec la langue française, absence de formation professionnelle ou diplômes non reconnus en Suisse sont quelques-unes des raisons rendant l'insertion professionnelle des personnes étrangères problématique. Là encore, pour celles qui sont en fin de droits, l'emploi de solidarité représente sans conteste une passerelle vers une insertion sur le marché ordinaire du travail. Dans des organisations à caractère souvent social, ces personnes acquièrent les compétences professionnelles, mais aussi la confiance en soi indispensables pour une insertion professionnelle réussie.

  5. Quels sont les enjeux pour les organisations qui travaillent sur ces sujets?

    Pour les institutions telles que l'Office cantonal de l'emploi, il s'agit d'être efficace, proche du terrain afin d'être à même de prendre en compte les besoins spécifiques de chaque population. De leur côté, les entreprises sociales d'insertion tentent de répondre aux besoins spécifiques des groupes les plus fragilisés. Les organisations partenaires des emplois de solidarité prolongent et complètent le dispositif étatique afin d'apporter une solution durable aux personnes les plus "à risque" d'être touchées par le chômage de longue durée.

  6. Que fait l'Etat dans le domaine?

    Définition des emplois de solidarité (EdS):

    Ce sont de véritables emplois destinés à des demandeurs d'emploi arrivés en fin de droits de chômage. Ces places de travail, qui font l'objet d'un contrat à durée indéterminée et soumis au Code des obligations, sont créées dans les organisations sans but lucratif du canton (associations, fondations, coopératives, ONG's). Elles permettent à la fois de soutenir l'activité des organisations et le développement de nouveaux projets, ainsi que de réinsérer durablement les personnes, avec comme objectif final le retour sur le marché ordinaire du travail. Le public-cible est composé des personnes qui, pour diverses raisons, rencontrent des difficultés dans leur processus de réinsertion.

    Le concept est le suivant:

    Les organisations sans but lucratif ayant des besoins en termes de ressources humaines pour renforcer ou développer leurs activités signent une convention de collaboration avec le chef du Département de la solidarité et de l'emploi, M. François Longchamp. Cette dernière pose les conditions-cadres du partenariat (nombre et types de postes, parts de financement réciproques des salaires EdS, notamment). Cette convention, d'une durée de 4 ans renouvelable, se veut un modèle très souple de collaboration entre les organisations de l'économie sociale et solidaire et l'Etat.

    Les conditions de partenariat une fois établies, le service procède à une présélection des personnes arrivées en fin de droits, puis envoie les dossiers aux organisations, à qui revient le choix final du candidat.

  7. Quels sont les besoins des organisations actives dans ce domaine?

    Les organisations qui emploient des personnes en EdS ont des besoins très variés liés à leurs domaines d'activité. Mais citons quelques secteurs porteurs, tels que le recyclage, la vente de seconde main ou la garde d'enfants. Les postes ainsi créés couvrent donc une très large palette avec des emplois tant dans des domaines administratifs que manuels, techniques ou encore d'accompagnement à la personne.

  8. Que pensez-vous du rôle des entreprises dans le domaine? Existe-t-il un enjeu spécifique en temps de crise?

    Les entreprises sont évidemment le maillon clé de l'insertion professionnelle, quelle que soit la population dont on parle. C'est pourquoi il est important de les sensibiliser et de les responsabiliser, davantage encore en temps de crise. L'OCE joue un rôle important à ce niveau: il est un pont entre les besoins des entreprises et ceux des demandeurs d'emploi ou, plus globalement, des personnes en processus d'insertion professionnelle. Au-delà de la fonction de placement qu'il peut tenir, l'OCE doit aussi sensibiliser les employeurs aux problématiques actuelles de l'emploi. En temps de crise, les personnes les plus fragilisées sont davantage exclues du marché du travail. Dans un tel contexte, les emplois de solidarité occupent une place essentielle en proposant une solution attrayante et innovante. Ils doivent aussi faciliter le retour à l'emploi sur le marché dit "ordinaire".

  9. Qui sont les principaux acteurs?

    En amont, les écoles et toutes les instances de formation. En aval, les entreprises sont l'élément central. Lorsque que certaines populations rencontrent des problématiques spécifiques, ou que le contexte économique est peu favorable, l'Etat (facilitateur) - notamment via des mesures comme les emplois de solidarité -, les entreprises sociales et tous les partenaires actifs sur le marché complémentaire, représentent des passerelles indispensables pour la réinsertion professionnelle.

    Le Service des Emplois de Solidarité se tient à la disposition des organisations intéressées. Vous pouvez le contacter:

    Par téléphone: 022/ 546 37 64
    Par courriel: eds@etat.ge.ch
    Ou encore visiter le site web: www.ge.ch/emploi

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